Bases para el estudio de la Literatura Hispanoamericana

Stéphane Mallarmé (1842-1898) 16, marzo 2008

Para conocer más sobre este autor ve por favor a mallarme.net (en francés).
Aquí tienes uno de sus poemas más famosos, que inspiró a Claude Debussy su Preludio para la siesta de un fauno:

mallarme.jpgL’après-midi d’un faune (Eglogue)

Le Faune:

Ces nymphes, je les veux perpétuer.

Si clair,

Leur incarnat léger, qu’il voltige dans l’air
Assoupi de sommeils touffus.

Aimai-je un rêve?

Mon doute, amas de nuit ancienne, s’achève
En maint rameau subtil, qui, demeuré les vrais
Bois même, prouve, hélas! que bien seul je m’offrais
Pour triomphe la faute idéale de roses.
Réfléchissons…

ou si les femmes dont tu gloses
Figurent un souhait de tes sens fabuleux!
Faune, l’illusion s’échappe des yeux bleus
Et froids, comme une source en pleurs, de la plus chaste:
Mais, l’autre tout soupirs, dis-tu qu’elle contraste
Comme brise du jour chaude dans ta toison?
Que non! par l’immobile et lasse pâmoison
Suffoquant de chaleurs le matin frais s’il lutte,
Ne murmure point d’eau que ne verse ma flûte
Au bosquet arrosé d’accords; et le seul vent
Hors des deux tuyaux prompt à s’exhaler avant
Qu’il disperse le son dans une pluie aride,
C’est, à l’horizon pas remué d’une ride
Le visible et serein souffle artificiel
De l’inspiration, qui regagne le ciel.

O bords siciliens d’un calme marécage
Qu’à l’envi de soleils ma vanité saccage
Tacite sous les fleurs d’étincelles, CONTEZ
« Que je coupais ici les creux roseaux domptés
» Par le talent; quand, sur l’or glauque de lointaines
» Verdures dédiant leur vigne à des fontaines,
» Ondoie une blancheur animale au repos:
» Et qu’au prélude lent où naissent les pipeaux
» Ce vol de cygnes, non! de naïades se sauve
» Ou plonge… »

Inerte, tout brûle dans l’heure fauve
Sans marquer par quel art ensemble détala
Trop d’hymen souhaité de qui cherche le la:
Alors m’éveillerai-je à la ferveur première,
Droit et seul, sous un flot antique de lumière,
Lys! et l’un de vous tous pour l’ingénuité.
Autre que ce doux rien par leur lèvre ébruité,
Le baiser, qui tout bas des perfides assure,
Mon sein, vierge de preuve, atteste une morsure
Mystérieuse, due à quelque auguste dent;
Mais, bast! arcane tel élut pour confident
Le jonc vaste et jumeau dont sous l’azur on joue:
Qui, détournant à soi le trouble de la joue,
Rêve, dans un solo long, que nous amusions
La beauté d’alentour par des confusions
Fausses entre elle-même et notre chant crédule;
Et de faire aussi haut que l’amour se module
Évanouir du songe ordinaire de dos
Ou de flanc pur suivis avec mes regards clos,
Une sonore, vaine et monotone ligne.

Tâche donc, instrument des fuites, ô maligne
Syrinx, de refleurir aux lacs où tu m’attends!
Moi, de ma rumeur fier, je vais parler longtemps
Des déesses; et par d’idolâtres peintures
À leur ombre enlever encore des ceintures:
Ainsi, quand des raisins j’ai sucé la clarté,
Pour bannir un regret par ma feinte écarté,
Rieur, j’élève au ciel d’été la grappe vide
Et, soufflant dans ses peaux lumineuses, avide
D’ivresse, jusqu’au soir je regarde au travers.

O nymphes, regonflons des SOUVENIRS divers.
« Mon oeil, trouant les joncs, dardait chaque encolure
» Immortelle, qui noie en l’onde sa brûlure
» Avec un cri de rage au ciel de la forêt;
» Et le splendide bain de cheveux disparaît
» Dans les clartés et les frissons, ô pierreries!
» J’accours; quand, à mes pieds, s’entrejoignent (meurtries
» De la langueur goûtée à ce mal d’être deux)
» Des dormeuses parmi leurs seuls bras hasardeux;
» Je les ravis, sans les désenlacer, et vole
» À ce massif, haï par l’ombrage frivole,
» De roses tarissant tout parfum au soleil,
» Où notre ébat au jour consumé soit pareil. »
Je t’adore, courroux des vierges, ô délice
Farouche du sacré fardeau nu qui se glisse
Pour fuir ma lèvre en feu buvant, comme un éclair
Tressaille! la frayeur secrète de la chair:
Des pieds de l’inhumaine au coeur de la timide
Qui délaisse à la fois une innocence, humide
De larmes folles ou de moins tristes vapeurs.
« Mon crime, c’est d’avoir, gai de vaincre ces peurs
» Traîtresses, divisé la touffe échevelée
» De baisers que les dieux gardaient si bien mêlée:
» Car, à peine j’allais cacher un rire ardent
» Sous les replis heureux d’une seule (gardant
» Par un doigt simple, afin que sa candeur de plume
» Se teignît à l’émoi de sa soeur qui s’allume,
» La petite, naïve et ne rougissant pas: )
» Que de mes bras, défaits par de vagues trépas,
» Cette proie, à jamais ingrate se délivre
» Sans pitié du sanglot dont j’étais encore ivre. »

Tant pis! vers le bonheur d’autres m’entraîneront
Par leur tresse nouée aux cornes de mon front:
Tu sais, ma passion, que, pourpre et déjà mûre,
Chaque grenade éclate et d’abeilles murmure;
Et notre sang, épris de qui le va saisir,
Coule pour tout l’essaim éternel du désir.
À l’heure où ce bois d’or et de cendres se teinte
Une fête s’exalte en la feuillée éteinte:
Etna! c’est parmi toi visité de Vénus
Sur ta lave posant tes talons ingénus,
Quand tonne une somme triste ou s’épuise la flamme.
Je tiens la reine!

O sûr châtiment…

Non, mais l’âme

De paroles vacante et ce corps alourdi
Tard succombent au fier silence de midi:
Sans plus il faut dormir en l’oubli du blasphème,
Sur le sable altéré gisant et comme j’aime
Ouvrir ma bouche à l’astre efficace des vins!

Couple, adieu; je vais voir l’ombre que tu devins.

La Siesta De Un Fauno

(Égloga)

(Versión de Otto de Greiff, con algún retoque)

El Fauno:

Esas ninfas quiero inmortalizarlas.
Su ligero rubor, tan claro,

revolotea en el aire
espeso de sopor

¿Amé, acaso, un sueño?
Mi duda, antigua noche acumulada,

termina en la enramada sutil ,

un verdadero bosque,

que prueba, oh, sí,
que nada más yo me ofrezco como triunfo

la culpa ideal de unas rosas.
Reflexionemos…
Las mujeres que glosas
dan forma a los anhelos de tus locos sentidos.
Fauno, escapa la ilusión de los ojos azules
y fríos, cual fuente que llora, de la más casta;
suspirando la otra en cambio,

¿dices tú que contrasta

como cálida brisa diurna en tu toisón?

¡Que no! que por la inmóvil y lasa desazón
-el sol con la frescura matinal en reyerta-
no murmura agua que mi flauta no vierta
al otero de acordes rociado; sólo el viento
fuera de los dos tubos pronto a exhalar su aliento
en árida llovizna derrame su conjuro;
es, en la línea tersa del horizonte puro,
el hálito visible y artificial, el vuelo
con que la inspiración ha conquistado el cielo.

Sicilianas orillas de charca soporosa
que al rencor de los soles mi vanidad acosa,
tácita bajo flores de centellas, DECID:

“Que yo cortaba juncos vencidos en la lid
“por el Talento; al oro glauco de las lejanas
“verduras consagrando su viña a las fontanas,
“ondea una blancura animal en la siesta;
“y que al preludio lento de que nace la fiesta,
“vuelo de cisnes, ¡No! de náyades, se esquive ”
“o se Sumerja…

Fosca, la hora inerte avive
sin decir de qué modo sutil recogerá
húmenes anhelados por el que busca el LA:
me erguiré firme entonces al inicial fervor,
recto, bajo oleadas antiguas de fulgor,
¡Lis! uno de vosotros para la ingenuidad.

Sólo esta nada dócil, oh labios, propalad,
beso que suavemente perfidias asegura.
Mi pecho, virgen antes, muestra una mordedura
misteriosa, legado de algún augusto diente;
¡Y basta! arcano tal buscó por confidente
junco gemelo y vasto que al sol da su tonada
que, desviando de sí mejilla conturbada,
sueña, en un solo lento, tramar en ocasiones
la belleza en redor, quizá por confusiones
falsas entre ella misma y nuestra nota pura;
y de lograr, tan alto como el amor fulgura,
desvanecer del sueño sólito de costado
o dorso puro, por mi vista ciega espiado,
una línea vana, monótona y sonora.

¡Quiére, pues, instrumento de fugas, turbadora
siringa, florecer en el lago en que aguardas!
Yo, en mi canto engreído, diré fábulas tardas
de las diosas; y por idólatras pinturas,
a su sombra hurtaré todavía cinturas:
así cuando a las vides la claridad exprimo,
por desechar la pena que me conturba, mimo
risas, alzo el racimo ya exhausto, al sol, y siento
cuando a las luminosas pieles filtro mi aliento,
mirando a su trasluz un ávida embriaguez.

Oh ninfas, los RECUERDOS unamos otra vez.

“Mis ojos, tras los juncos, hendían cada cuello
“inmortal, que en las ondas hundía su destello
“y un airado clamor al cielo desataba;
“y el espléndido baño de cabellos volaba
“entre temblor y claridad, ¡oh pedrería!
“corro; cuando a mis pies alternan (se diría
“por ser dos, degustando, langorosas, el mal)
“dormidas sólo en medio de un abrazo fatal:
“las sorprendo, sin desenlazarlas, y listo
“vuelo al macizo, de fútil sombra malquisto,
“de rosas que desecan al sol todo perfume,
“en que, como la tarde, nuestra lid se resume”.

¡Yo te adoro, coraje de vírgenes, oh gala
feroz del sacro fardo desnudo que resbala
por huír de mi labio fogoso, y como un rayo
zozobra! De la carne misterioso desmayo;
de los pies de la cruel al alma de la buena
que abandona a la vez una inocencia, llena
de loco llanto y menos atristados vapores.

“Mi crimen es haber, tras de humillar temores
“traidores, desatado el intrincado nido
“de besos que los dioses guardaban escondido;
“pues, yendo apenas a ocultar ardiente risa
“tras los pliegues felices de una sola (sumisa
“guardando para que su candidez liviana
“se tiñera a la fiel emoción de su hermana
“la pequeñuela, ingenua, sin saber de rubor);
“ya de mis brazos muertos por incierto temblor,
“esta presa, por siempre ingrata, se redime
“sin piedad del sollozo de que embriagado vime”.

¡Peor! me arrastrarán otras hacia la vida
por la trenza a los cuernos de mi frente ceñida;
tú sabes, mi pasión, que, púrpura y madura,
toda granada brota y de abejas murmura;
y nuestra sangre loca por quien asirla quiere,
fluye por el enjambre del amor que no muere.
Cuando el bosque de oro y cenizas se tiña,
una fiesta se exalta en la muriente viña:
¡Etna! En medio de ti, de Venus alegrado,
en tu lava imprimiendo su coturno sagrado,
si un sueño triste se oye, si su fulgor se calma,
¡tengo la reina!

Oh cierto castigo…

Pero el alma
de palabras vacante, y este cuerpo sombrío
tarde sucumben al silencio del estío:
sin más, fuerza es dormir, lejano del rencor,
sobre la arena sitibunda, a mi sabor,
¡la boca abierta al astro de vinos eficaces!

¡Oh par(eja), Adiós! La sombra miro en que te deshaces.

Una tirada de dados nunca abolirá el azar (1897):
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Charles Leconte de Lisle (1818-1894)

A un poeta muerto

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Tú cuyos ojos erraban, por la luz alterados,
de la color divina al contorno inmortal
y de la carne viva al esplendor celeste,
duerme en paz en la noche que tu párpado sella.

¿Ver, oír, oler? Viento, humareda y polvo.
¿Gustar? La copa de oro contiene sólo hiel.
Como un Dios aburrido que abandona el altar,
regresa a la materia y dispérsate en ella .

Sobre tu mudo sepulcro y tus huesos consumidos
que otro vuelque o no el llanto acostumbrado,
que tu siglo banal te olvide o te renombre;

Yo te envidio, en el oscuro fondo de la tumba tranquila,
por haberte liberado de vivir , por no saber

la pena de pensar y el horror de ser hombre.

En la Biblioteca Virtual Miguel de Cervantes tienes acceso a sus libros en francés (en los originales se aprecia la perfección formal que pierde traducido).

Rubén Darío le dedicó un medallón y un lugar entre Los raros (1896)

 

Auguste Villiers de L’Isle-Adam. Cuentos crueles (1883) 15, marzo 2008

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Rubén Darío lo incluyó en Los raros (1896), manifestando especial admiración por su novela La Eva futura (1886) y por los Cuentos crueles.

Lo siento pero ninguna de las biografías que he encontrado en la red me parece mínimamente aceptable: si queréis saber más sobre Villiers lo mejor es que os leáis Los raros.

 

Una muestra de su talento:

La Tortura de la Esperanza
(La Torture par L’Esperance)

Hace ya muchos años, un día al caer la tarde, el venerable Pedro Arbuez D’Espila, sexto prior de los Dominicanos de Segovia,  tercer Gran Inquisidor de España, seguido por un fraile redentor, y precedido por dos parientes de Su Santidad, el último de ellos llevando un farol, hicieron su entrada en una catacumba subterránea. Crujió la cerradura de una enorme puerta, y ellos ingresaron en una celda donde la luz mortecina revelaba, entre anillas sujetas a la pared, un potro de tormento manchado de sangre, un brasero y una botija de barro. Sobre un montón de paja, cargado con grilletes, y con su cuello circunvalado por un aro metálico, estaba sentado un hombre muy demacrado, de edad incierta, vestido sólo con harapos.

Este prisionero no era otro que Rabbi Aser Abarbanel, un judío de Aragón, quien fuera acusado de usura e impiedad por los pobres, y que había sido sometido diariamente a torturas por más de un año. Aún “su ceguera era tan densa como su recato” y se negaba a abjurar de su fe.

Orgulloso de una ascendencia que databa de cientos de años, orgulloso de sus ancestros, todos judíos dignos de su nombre, él descendía,  según el Talmud, de Otoniel, y consecuentemente de Ipsiboa, esposa del último juez de Israel, circunstancia que había acrecentado su coraje en medio de las incesantes torturas. Con lágrimas en los ojos, el venerable Pedro Arbuez D’Espila, dirigiéndose al estremecido rabí, le recomendó:

– Hijo mío, alégrate: tu proceso está por llegar a su fin. Si en la presencia de tal obstinación fui forzado a permitir, con profundo desagrado, el uso de gran severidad, mi tarea de fraternal corrección tiene sus límites. Tú  eres la higuera que, habiendo fallado en muchas temporadas en dar sus frutos, al final se marchitó, pero solamente Dios puede juzgar tu alma. Tal vez, la Infinita Piedad brille sobre ti en el último momento. Nosotros así lo esperamos, hay ejemplos de ello. Entonces duerme bien por la noche. Mañana serás incluido en un auto de fe: esto es, serás expuesto al quemadero, las llamas simbólicas del Fuego Eterno: sólo quema, mi hijo, a la distancia; y la Muerte tardará al menos dos (hasta tres) horas en venir, debido a los vendajes húmedos y helados con los que envolvemos las cabezas y corazones de los condenados. Habrá otros cuarenta y tres contigo. Te ubicarás en la última fila, para que tengas tiempo de invocar a Dios y ofrecerle a Él tu bautismo de fuego, que será del Espíritu Santo.

Con estas palabras, habiendo señalado a los guardias que desencadenaran al prisionero, el prior lo abrazó tiernamente. Entonces fue el turno del fraile redentor, quien, en un tono bajo, oró por el perdón para el judío al que se había hecho sufrir con el propósito de redimirlo; entonces los dos familiares del Papa silenciosamente lo besaron. Tras esta ceremonia, el cautivo fue devuelto, solitario y desconcertado, a la oscuridad.

Rabbi Aser Abarbanel, con labios doloridos y el rostro consumido por el sufrimiento, al principio se quedó mirando fijamente las puertas cerradas de su celda. ¿Cerradas? La palabra inconscientemente rozó un vago capricho en su mente, el capricho que había tenido por un instante al ver la luz de las linternas a través de una grieta entre la puerta y la pared. Una mórbida idea de esperanza, debida a la debilidad de su mente, se agitó en su entera humanidad. Se arrastró a través de la extraña visión. Entonces, muy cautelosamente, deslizó un dedo en la hendidura, provocando la apertura de la puerta delante de sí. ¡Maravilloso! Por un extraordinario accidente el que la cerró había girado la pesada llave de manera que el pestillo no había entrado en el hueco, y las puertas cedieron sobre sus bisagras.

El rabí se aventuró con la mirada hacia afuera. Con la ayuda de un polvillo luminoso, distinguió primeramente un semicírculo de paredes a través de las que se proyectaba una escalera; y frente a él, en la cima de seis peldaños de piedra, una especie de portal negro, que se abría a un inmenso corredor, cuyos primeros ángulos eran visibles desde abajo.

Esperanzado se arrastró hasta el umbral. Sí, era realmente un corredor, pero parecía interminable. Una anémica luz lo iluminaba: eran lámparas suspendidas desde el abovedado cielo raso que iluminaban a intervalos el deslucido matiz del ambiente, la distancia estaba cubierta de sombras. No había una puerta en todo el pasillo. Unicamente, a un lado, el izquierdo, había pesadas troneras enrejadas, hundidas en las paredes, que dejaban pasar una luz que bien podía ser de la tarde. ¡Y qué terrible silencio! La vacilante esperanza del judío era tenaz ya que podría ser la última.

Sin dubitación, se aventuró en el pabellón, siempre bajo las troneras, tratando de convertirse a sí mismo en parte de la oscuridad de las paredes. Avanzó lentamente, arrastrándose cuerpo a tierra, acallando los gritos de dolor cuando alguna herida abierta enviaba una aguda punzada a través de su cuerpo.

Súbitamente el sonido de unos pasos que se acercaban alcanzó su oído. Tembló violentamente, y el miedo se reprimió, su vista se nubló. Bien, eso fue todo, no había duda. Se comprimió en un hueco, y medio muerto de miedo, esperó.

Era uno de los parientes, que venía apresurado. Pasó velozmente, llevando en la mano fuertemente asido un instrumento de tortura, una espantosa figura, y luego desapareció. El pánico del rabí pareció haber suspendido sus funciones vitales, y permaneció cerca de una hora incapaz de moverse. Temiendo que las torturas se reiniciaran si era atrapado, pensó en regresar a su calabozo. Pero la vieja esperanza susurraba en su alma ese divino “tal vez” que nos consuela en las horas de peor dolor. Un milagro se había operado. Él no tenía que dudar ya más. Comenzó a reptar hacia su oportunidad de escapar. Exhausto por el sufrimiento y hambriento, estremecido del dolor, se apuró por continuar. El sepulcral corredor pareció extenderse misteriosamente, mientras él, aún avanzando, miraba en la oscuridad por dónde había más posibilidades de escape.

¡Oh, oh! Nuevamente escuchaba pasos, pero esta vez eran más lentos, más pesados. Las formas negra y blanca de dos inquisidores aparecieron, emergiendo de la oscuridad. Estaban conversando en tono bajo, y parecían discutir sobre algún asunto importante, ya que gesticulaban con vehemencia.

En vista de este espectáculo, Rabbi Aser Abarbanel cerró sus ojos; su corazón latía tan violentamente que casi lo estaba sofocando; sus harapos se humedecieron con el sudor frío de la agonía;  permaneció inmóvil pegado a la pared, la boca abierta, bajo los rayos de una lámpara, rezando al Dios de David.

Justamente enfrente a él, los dos inquisidores hicieron una pausa bajo la luz de la lámpara, indudablemente debido a algún accidente durante el curso de sus argumentaciones. Uno, mientras escuchaba a su compañero, contempló al rabí. Y, bajo su vista, éste se imaginó de nuevo sintiendo las ardientes tenazas quemando sus carnes, era una vez más un hombre torturado. Desfalleciente, casi sin aliento, con los párpados trémulos, se estremeció al contacto con la sotana del monje. Pero, extrañamente aunque por un hecho natural, la mirada del inquisidor no había sido sino la de un hombre evidentemente absorto en su conversación, fascinado por lo que estaba escuchando; sus ojos quedaron fijos y parecieron mirar al judío sin llegar a verlo.

De hecho, tras el lapso de un par de minutos, las dos oscuras figuras lentamente siguieron su camino, todavía conversando en vos abaja, hacia el mismo lugar del que el prisionero venía. No había sido visto. Entre la horrible confusión en la mente del rabí, la idea se disparó en su cerebro: ‘¿Puedo estar muerto puesto que ellos no llegan a verme?’ Una horrible impresión lo atacó desde su letargo: mirando hacia la pared contra la cual su cara se había pegado, imaginó estar en presencia de dos feroces ojos que le miraban. Volvió su cabeza hacia atrás en un súbito frenesí de pavor, su cabello se encrespó. ¡Aún no! No. Su mano estuvo a tientas sobre las piedras: era el reflejo de los ojos del inquisidor, aún impresionados en su retina.

¡Adelante! Tenía que darse prisa hacia su ilusión de salvación, a través de la oscuridad, ya que estaba a unos treinta pasos de distancia. Imprimió más velocidad a sus rodillas, a sus manos, para poder verse a salvo de aquella pesadilla, y pronto entró en la porción de penumbra del terrible corredor.

Súbitamente el pobre miserable sintió una ráfaga de aire frío en las manos; venía desde bajo la pequeña puerta que estaba al final de las dos paredes.

Oh, Cielos, si esta puerta pudiera ser abierta. Todos los nervios del miserable cuerpo del fugitivo se tensaron en la esperanza. Examinó la puerta desde el piso hasta el marco superior, apenas era capaz de distinguir su contorno a pesar de la oscuridad reinante. Pasó su mano sobre la puerta: no tenía cerradura, ¡no había cerradura! ¡Un picaporte! La empujó, el picaporte cedió a la presión de su pulgar: la puerta silenciosamente se abrió delante de él.

– ¡Aleluya! -murmuró el rabí en una muestra de gratitud desde el umbral, mientras contemplaba la escena delante de él.

La puerta se había abierto a un jardín, enmarcado en un cielo estrellado, ¡en primavera, libertad, vida! Se revelaban los campos vecinos, donde se dilataban las sierras, cuyas sinuosas líneas azules se recortaban contra el horizonte. ¡Por fin la libertad! ¡Oh, la huida! Podría pasar toda la noche bajo los limoneros, cuyas fragancias lo embargaban. Una vez en las montañas estaría libre y seguro. Inhaló el delicioso aire; la brisa lo revivió, sus pulmones se expandieron. Y para agradecer una vez más a Dios que le hubiera otorgado su Gracia, extendió sus brazos, elevando sus ojos al Cielo. ¡Fue un éxtasis de felicidad!

Entonces imaginó que veía la sombra de sus propios brazos acercarse a sí mismo, creyendo que estos oscuros brazos lo rodeaban, y cómo era afectuosamente presionado contra el pecho de alguien. Una figura alta estaba frente a él. Bajo los ojos, y permaneció inmovil, jadeando para respirar, deslumbrado, con la vista fija, atontado por el terror.

¡Horror! Estaba entre los brazos del Gran Inquisidor, el venerable Pedro Arbuez D’Espila, que lo contemplaba con ojos húmedos de lágrimas, como un buen pastor que ha encontrado a su oveja descarriada.

El oscuro sacerdote atrajo al desventurado judío contra su corazón con enorme fervor, con un arranque de amor, y el filo de la toga friccionó el pecho del domínico. Y mientras Aser Abarbanel con ojos desorbitados gemía en agonía en el abrazo del místico, vagamente comprendió que todas las fases de su fatal tarde fueron únicamente parte de una tortura premeditada, la de la Esperanza. El Gran Inquisidor, con un acento de reprobación y una mirada de consternación, murmuró en su oído, con el aliento árido y ardiente por un largo ayuno:

– ¡Qué, hijo mío! En la víspera, probablemente, de tu salvación, ¿deseabas dejarnos?

 

Charles Baudelaire (1821-1867)

Enivrez-vous (“Embriagaos”)

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Hay que estar ebrio siempre.

Todo está ahí: es la única cuestión.

Para no sentir la horrible carga del Tiempo

que nos quiebra las espaldas y nos inclina hacia la tierra,

hay que embriagarse sin descanso.

Pero, ¿de qué?

De vino, de poesía o de virtud, como mejor os parezca. Pero embriagaos.
Y si a veces, sobre las gradas de un palacio,

sobre la verde hierba de una zanja, en la soledad huraña de vuestro cuarto,

la ebriedad ya atenuada o desaparecida, os despertáis

preguntad al viento, a la ola, a la estrella,

al pájaro, al reloj, a todo lo que huye, a todo lo que gime,

a todo lo que rueda, a todo lo que canta, a todo lo que habla,

preguntadle qué hora es;

y el viento, la ola, la estrella, el pájaro, el reloj,

contestarán: “¡Es hora de embriagarse!

Para no ser los esclavos martirizados del Tiempo,

¡embriagaos, embriagaos sin cesar!

De vino, de poesía o de virtud, como más os plazca.

La Muerte de los Amantes

Tendremos un lecho de suaves olores,

divanes profundos como sepulturas,

y en tallos y búcaros nos darán las flores

aromas extraños bajo albas más puras.

Nuestros corazones, amando a porfía,

darán de su antorcha la llama postrera:

dos llamas gemelas son tu alma y la mía,

espejos que miran la eterna ribera.

Relámpago único, centella preciosa,

una tarde mística de azul y de rosa,

el adiós seremos, el llanto, el sollozo.

Y después un ángel, abriendo las puertas,

los espejos turbios y las aguas muertas,

resucitarán temblando de gozo.

Para saber más sobre el autor de Les fleurs du mal (1857) y su poética podéis ver esta página: pica aquí. Su biografía, aquí.

Leed “Correspondencias”.

Otro de sus poemas más conocidos: La invitación al viaje (en francés y en traducción, con notas)

Quien mejor ha estudiado el contexto histórico, social y económico de Baudelaire y mejor ha comprendido su poesía es Walter Benjamin.

 

Paul Verlaine (1844-1896)

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Verlaine es uno de los poetas insustituibles en los museos personales de los modernistas hispanoamericanos y muchos de los españoles. Darío lo cuenta entre sus Raros (1896), y lo encontraréis citado por él y por muchos otros en sus escritos.

ARTE POÉTICA
La música ante todo preferimos,

por eso mismo el verso imparisílabo

que es más vago y soluble y que no tiene

ningún peso ni pose que lo tiente.

Y no olvides tampoco el elegir

palabras que se presten al equívoco:

quedémonos con una canción gris,

que junta lo más claro a lo indeciso.

[…] ¡Lo que buscamos siempre es el matiz,

sólo el matiz y nada de color!

Sólo el matiz hermana sin herir

sueño con sueño, flauta y bronco son.

[…] ¡Retuércele el pescuezo a la elocuencia!

Y no estará de más, con mano dura,

poner coto a la rima: si la sueltas

nadie sabe hasta donde nos empuja.

[…] ¡La música ante todo, siempre música!

sea tu verso ese algo volandero

que sentimos huir de un alma en busca

de distintos amores y otros cielos.

Sea tu verso anuncio de ventura

en el crispado viento matutino

perfumado de menta y de tomillo…

Y lo demás es ya literatura.


MUJER Y GATA

La sorprendí jugando con su gata,
y contemplar causóme maravilla
la mano blanca con la blanca pata,
de la tarde a la luz que apenas brilla.

¡Como supo esconder la mojigata,
del mitón tras la negra redecilla,
la punta de marfil que juega y mata,
con acerados tintes de cuchilla!

Melindrosa a la par por su compañera
ocultaba también la garra fiera;
y al rodar (abrazadas) por la alfombra,

un sonoro reír cruzó el ambiente
del salón… y brillaron de repente
¡cuatro puntos de fósforo en la sombra!

Versión de Guillermo Valencia, poeta modernista colombiano (1873-1943)

Si quieres leer más poemas de Paul Verlaine traducidos al español, pica sobre la fotografía, donde aparece el poeta con una copa de absinta. Si quieres leer una biografía suya, pica aquí.

 

 

 

Poetas malditos y vida bohemia (Francia) 12, marzo 2008

Les poets maudits (1884) fue el título de un libro de Paul Verlaine. Se vienen considerando desde entonces como “los poetas malditos” los siguientes:

corbiere.jpgTristan Corbière (1845-1877) ;

mallarme1.jpgStéphane Mallarmé (1842-1898);

vlliers.jpgAuguste (conde de) Villiers de l´Isle-Adam (1838-1889);

verlaine.png el propio Paul Verlaine (1844-1896),

arthur_rimbaud.jpg pero también (Jean-)Arthur Rimbaud (1854-1891),

baudelaire1.jpg Charles Baudelaire (1821-1867)

ducasse.jpg e Isidoro Ducasse, “conde de Lautreamont” (Uruguay, 1846-1870), autor de los Cantos de Maldoror.

Henri Fantin-Latour retrató así en 1872 a algunos de los poetas de la bohemia parisina. Paul Verlaine y Arthur Rimbaud son los primeros sentados empezando por la izquierda:

henri_fantin-latour.jpg